Les mots pour dire l'emploi

Emploi : les maux de l’emploi et les mots pour dire l’emploi

 

Les mots pour dire l'emploi
Source image : laviesimplement.fr-Lvsimplement

 

Pluriels sont les maux de l’emploi et les mots pour le dire sont multiples face à des réalités parfois diverses.

L’ emploi en tant que travail rémunéré fait partie intégrante de nos vies et en détermine même les contours pour une majorité d’entre-nous.

 

 Travail : de la contrainte au travail valeur centrale

 

L’Histoire est marquée par le rejet traditionnel du travail comme en démontre l’étymologie. Étymologiquement, c’est une vision négative du travail. Le mot travail vient du latin tripallium qui désigne un instrument de torture à trois dents. L’assimilation à la douleur est également faite avec labor qui signifie le labeur, la fatigue.

Si jusqu’à la période moderne, on distinguait au sein de la société les personnes contraintes au travail de celles qui pouvaient s’en dispenser, la période moderne en a fait une valeur centrale. Le travail occupe une place centrale.

Dans le discours des lumières, le travail est un moyen d’accès au bonheur humain. Le libéralisme va venir renforcer la place centrale du travail.

Cependant, aujourd’hui peut-on dire que l’emploi, travail rémunéré est une source de bonheur ou un instrument de torture?

Pin's avec inscriptions Work sucks

Source image : site Flickr.com- Michelhrv

Du bonheur humain à la peur pour l’emploi

 

Le mot emploi, qui traduit une certaine vision de la société souffre de nombreux maux.

Le bonheur dans le travail, au travail, par le travail est une chose désormais relative. Le travail, une contrainte reste une réalité et la peur est le mot qui rime désormais avec emploi.

Peur face à un accès au travail de plus en plus difficile.  Peur de ne pas pouvoir accéder à un emploi malgré la mise en place de règles. Règles qui ont perdu de leur sens et font perdre au travail son sens, du sens.

Un accès rendu difficile car l’accès à l’emploi résiste au mérite. Le capital humain accumulé n’est pas ou plus une garantie suffisante d’accès au marche du travail. Les compétences cèdent leurs places devant les relations, le réseau.

Il faut être diplômé mais aussi avoir de l’expérience et de bonnes relations. L’ ancienneté au travail, dans le travail, doit préexister fermant ainsi, dans la plupart des cas la porte à la capacité, la volonté et l’envie d’y arriver. Une maladie de l’emploi notamment l’emploi jeune dont les emplois d’avenir et les emplois aidés n’arrivent pas à en guérir les symptômes encore moins à soigner le mal en profondeur.

Justice, égalité, égalité de chance imprègnent l’univers de l’emploi, deviennent des mots pour l’emploi, de l’emploi pour les maux du travail.

Un accès rendu difficile par ce que l’on appelle le chômage. Économiquement, l’emploi c’est le rapport entre le nombre de personnes actives dans une profession, un pays et la population totale de cette profession, de ce pays. Cela se traduit souvent par les chiffres du chômage.

Chômage, phénomène de masse à partir des années 1970 (1974). Le premier choc pétrolier a éteint le rêve du plein emploi à temps plein pour tous. C’est à une remise en cause au plan collectif du travail auquel on assiste. 

Chômage, ce  mot est la conséquence d’autres maux de l’emploi:  les inégalités qui règne dans les situations de chômage. Les jeunes, les femmes, les seniors étant les plus touchés.

L’accès à l’emploi c’est aussi la précarisation de segments importants de la population active avec un nombre important de travailleurs pauvres. Pauvreté du travail et travail pauvre sont le quotidien de millions de personnes qui voyagent entre contrats à durée déterminée, intérim, contrats saisonniers…

Un accès à l’emploi rendu plus difficile quand la flexibilité est devenue le mot d’ordre dans l’emploi et à l’emploi et fait des réseaux une source de différenciation.

Un accès à l’emploi qui peut rimer avec stigmatisation, celle des demandeurs d’emploi soumis à un accompagnement personnalisé.

Un accès à l’emploi limité “en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques…”. Le Handicap est un mot souvent employé, mais jamais pleinement utilisé pour mettre fin à un des maux de l’emploi : l’accessibilité à l’emploi des personnes en situation de handicap, et ce malgré la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Une loi incapable de guérir les maux qui touchent l’accessibilité des personnes en situation de handicap.

 

Pancarte avec inscriptions Intérimaires sans papiers en grève
Source image : site Flickr.com – Petit_louis

 Un bonheur cédant la place à la peur au travail et du travail

 

Peur de cette responsabilisation de plus en plus accrue de l’employé dont le mot est : l’individualisation. Gestion individuelle, voire personnelle  des salariés axée sur l’évaluation des compétences intégrant connaissances, diplômes, mais aussi savoir-être lié à des aptitudes comportementales et des capacités d’adaptation.

Il en ressort un des maux de l’emploi, celui du “travail sans fin”. La durée, le lieu de travail n’ont plus de frontières pour certaines personnes. Il n’y a plus de lieu de travail emblématique. Les nouvelles formes de travail rendent le travail diffus. “La fatigue d’être soi” dont parle Alain Ehrenberg n’est jamais loin face à ce qu’il qualifie de  “Culte de la performance” qui envahit la société. Les mots stress, dépression, suicide, burn-out entre autres, traduisent désormais mieux les maux du travail.

L’emploi est devenu moderne, mais cet emploi moderne est devenu une source d’inquiétude et de mal-être. Mal-être par cette demande d’être au maximum de ses capacités, de ses possibilités en permanence. Ce tout pour l’emploi, dans l’emploi et par l’emploi, mène non seulement à tous dopés pour l’emploi mais aussi à une “précarisation subjective” et ce même dans les emplois stables.

La peur domine face à la quête de solutions, de difficultés qui caractérisent le travail. La peur de ne pas être à la hauteur, peur de ses entretiens individuels devenant de véritables épreuves. On assiste ainsi à une remise en cause au plan individuel du travail. Le travail n’est plus une source de libération, de réalisation de soi. Il y a un arbitrage entre le travail et les loisirs. La réalisation de soi passe par d’autres activités telles que le sport, le bénévolat.

Dessin avec inscriptions emploi et travail en lettres séparées
Source image : laviesimplement.fr – Lvsimplement

 

Un travail en quête de sens pour une révolution à venir

 

Le sens du travail semble se perdre face à tous ces maux et face à la peur de “La fin du travail”. Fin du travail conséquence pour certains, du progrès technique qui réduit la demande de main d’œuvre, surtout celle peu qualifiée.

Mais, cette marche en avant peut-elle s’arrêter, et faire marche arrière au nom de l’emploi, du travail?

Le travail est ainsi “une valeur en voie de disparition” et “une révolution à venir” selon Dominique Méda. On imagine le travail de demain, au travers du partage du temps de travail. On image un monde sans travail avec un revenu universel.

En effet, en ce qui concerne le travail, il doit y avoir une révolution, mais quelle révolution? Une révolution générale ou individuelle?  

Avec la fin du travail c’est aussi une remise en cause des solidarités au sein de la société.

Durkheim dans “De La division du travail social”, distinguait travail mécanique, propre à la société de la tradition basé sur la similitude, la ressemblance, et symbolisé par la communauté, du travail organique, forme moderne de solidarité qui unit des personnes différentes mais complémentaires. Dans le travail moderne, la complémentarité, la spécialisation est source de lien social.

Au delà de la remise en cause du travail comme valeur centrale, l’emploi c’est avant tout des réalités diverses où certains ont une impression de bonheur, de joie, libération, de réalisation de soi,  alors que d’autres ont un sentiment d’exclusion, d’un monde fort, fort lointain. Il s’agit à la fois de travailler pour vivre et de vivre pour travailler. Un monde dans lequel le travail loisir, plaisir est une inconnue mais pas pour tout le monde. 

Quelques références pour ceux que ça intéresse :

La Fatigue d’être soi. Dépression et société d’Alain Ehrenberg

Le Culte de la performance  d’Alain Ehrenberg

La fin du travail de  Jérémy Rifkin

Le travail : Une valeur en voie de disparition ?   de Dominique Méda

Travail : Une révolution à venir de Dominique Méda

De la division du travail social de Durkheim

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