statue représentant la justice

Les 7 mercenaires et la question de la justice

statue représentant la justice
Source image : site Flickr.com- Tim Green

J’ai décidé de regarder un film le week-end dernier après des mois de disette. Il faut dire qu’aucun film ne trouvait grâce à mes yeux. Mais un film traitant de la justice pourquoi pas…

Mon dévolu s’est jeté sur les 7 mercenaires avec Denzel Washington (fiche AlloCiné lien ci-dessous). Les amateurs de western sont servis (ça tire dans tous les sens…)

Le film traite de la justice au travers de 7 personnages. D’ailleurs sur l’affiche on peut lire : Justice has a number(ah !!! l’anglais) que l’on peut traduire par ‘la justice a un nombre’. C’est donc 7 mercenaires qui vont sous la direction de Denzel Washington œuvrer afin de sauver les habitants d’un petit village du joug d’un « tyran ».

Ce film soulève plusieurs questions et notamment la question de la justice et la vengeance, où se situe la limite entre les deux? Et la question de la peur de la liberté.

    • Le couple justice-vengeance

      La justice est une notion complexe car elle renvoie à la fois à une norme morale, une vertu, une institution et une autorité judiciaire. Ainsi en tant que norme morale, la justice implique le respect du droit et de l’équité tandis que la justice en tant que vertu impose le respect des droits d’autrui.

      Selon le dictionnaire Larousse, la vengeance est l’« action de se venger, de se dédommager d’un affront, d’un préjudice ».

      Dans le film, la limite entre la vengeance et la justice est tenue. La justice qu’est supposée incarner les 7 mercenaires est remise en question quand on découvre les réelles raisons du personnage de Denzel Washington. Il se pose alors la question de savoir si justice et vengeance sont nécessairement liées. La frontière se trouble.

      Il est vrai qu’il n’ y a pas de paix sans justice (pas de démocratie non plus) et de justice sans paix. Il n y a pas de paix intérieur comme c’est le cas de Denzel Washington. Il n’y a pas non plus de paix extérieure car le sentiment d’injustice peut conduire à des actes de violence.

      La difficulté de trouver un équilibre à la notion de justice existe depuis longtemps.

      C’est le cas en matière de justice en tant qu’autorité judiciaire et institution. La justice s’est adaptée aux évolutions de la société. Mais son évolution souligne sa complexité.La vengeance privée ou la justice privée a laissé la place à la justice publique. Justice publique, passant de la justice divine rendue ou déléguée par le Roi à la justice rendue au nom du peuple et notamment du peuple français faisant intervenir le ministère public.

      Si l’on regarde de près la sanction pénale par exemple, on se rend compte qu’elle satisfait malgré tout aux besoins de vengeance des victimes et sauvegarde par là même la paix extérieure(pour la paix intérieure c’est autre chose …).

      La justice publique a ainsi séparé la vengeance de la violence. Il n’est plus nécessaire par des actes violents d’accéder à la justice. Bien sûr cela ne se vérifie pas dans toutes les situations car la violence fait partie de l’Homme. Tout dépend de sa maîtrise, du contexte et des points de vue.

      Dans certaines situations la violence est nécessaire à la vengeance qui elle-même sert la justice. C’est le cas du film.

      Justice et vengeance semblent inséparables.

      Le shérif, représentant la justice, autorité judiciaire (et institution), a failli à sa mission. La justice, autorité judiciaire est mise à mal, elle est corrompue, manipulée. Ce qui n’est pas loin de la réalité de nos jours et ce que ce soit dans les pays dits autoritaires ou pays démocratiques.

      En France, le ministère public (le parquet) est critiqué, et a même fait l’objet de nombreuses décisions de la Cour européenne des droits de l’homme pour son manque d’indépendance vis-à-vis de l’État. Bien que quelques améliorations ont été faites depuis, la question demeure toujours quant à l’indépendance du parquet vis-à-vis du ministère de la justice.

      Le film se focalise sur la notion de justice, principe moral et vertu. Le respect du droit et de l’équité ainsi que des droits d’autrui. Les 7 mercenaires sont là pour faire respecter le droit, l’équité et les droits d’autrui. Dans cette quête de justice se mêle une quête de vengeance agrémentée de violence. Vengeance qui, elle-même est limitée (tout du moins au début)par la peur de la liberté des villageois.

    • La peur de la liberté

      La question de savoir si l’Homme se soumet volontairement à la servitude s’est toujours posée et se pose toujours.

      Étienne de la Boétie avec son œuvre « Discours de la servitude volontaire » rédigée vers 1548 a mis en relief le fait que les hommes se soumettaient volontairement à la servitude par habitude.

      En 1974 Stanley Milgram dans  la “Soumission à l’autorité”, suite à une expérience constate que les hommes se soumettent non seulement à l’autorité mais sont prêts aux pires actes pourvu qu’ils soient couverts par cette autorité.

      Hannah Arendt, souligne quant à elle dans « Les origines du totalitarisme », dans le cadre du totalitarisme que les hommes se sentent « déseulés ». Ils ne sont plus seuls.

      Les villageois habitués à la servitude, à la violence ont eu du mal à engager le combat. Ils avaient peur de la liberté car une fois sous la servitude, et l’habitude de celle-ci la liberté perd de son sens. Se pose alors la question à quoi sert la liberté ou à quoi bon la liberté. Qu’est-ce qu’on fera une fois que l’on sera libre.

      Cela montre que l’Homme a depuis longtemps instrumentalisé la peur. Cette instrumentalisation de la peur facilite l’avènement de la terreur qui conduit à la perte de repères. D’où la peur de la liberté. Ils ont perdu tous repères “d’hommes libres”.

      Il est alors difficile de rendre justice dans ce cas. Il est difficile de ne pas nourrir un sentiment de vengeance pour toutes les atrocités subies. Mais aussi, il est difficile de ne pas recourir à la violence car une fois que le dictateur, le tyran, a le pouvoir entre les mains, il ne veut pas ou plus s’en dessaisir. Il est difficile pour certains de goûter au pouvoir et de s’en séparer facilement.

Il ressort de l’histoire, et des différents écrits que l’Homme reste attaché à la liberté (la Révolution française par exemple). L’Homme se soumet volontairement à la servitude et décide d’en sortir tôt ou tard quand ses limites sont atteintes.

On a toujours le choix se soumettre, d’être libre ou se soumettre un temps et conquérir sa liberté ensuite. La liberté, le désir de liberté ne peut venir que de soi et pas d’une personne d’autre.

On ne peut pas libérer un peuple qui ne veut pas être libre ou qui n’a pas encore décidé d’être libre. Sinon le cercle vicieux de la soumission se répète par la suite.

La liberté est pleine et entière lorsque que c’est le peuple lui-même qui prend les armes où participe à sa libération comme c’est le cas dans les 7 mercenaires. Dans le cas contraire, si le peuple ne veut pas être libéré ou ne participe pas à sa libération c’est que pour l’instant il trouve encore son compte à la servitude…

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